mercredi 5 octobre 2011

Googling Lyon #4 (bonus) : les Archives du Rhône en ligne, par Yann Sambuis

Après une longue période de sommeil, les Archives départementales du Rhône (ADR pour les intimes) m’ont poussé à me remettre au travail (en fait, je travaille beaucoup, c’est même pour ça que les deux blogs, yannsambuis et Digital Lugdunum, sont en sommeil) en mettant en ligne, il y a quelques temps déjà, le site qu’on nous promettait depuis longtemps. Site que je me suis empressé de tester pour vous…

Une première impression agréable

On le voit immédiatement, les ADR ne se sont pas moquées de nous. La page d’accueil est très agréable. Les couleurs n’agressent pas l’œil, l’ensemble est lumineux et aéré. Certes, nous ne sommes pas là pour décerner un prix d’esthétique, mais pour un site où l’on risque de passer de longues heures de recherche, ça compte. Un seul choix peut étonner, celui du nuage de termes qui apparait en haut de la page et occupe une large place. On ne sait pas selon quel critère sont classées les rubriques (nombre de clics, abondance des fonds numérisés, taille aléatoire ?) et le choix de la disposition en nuage à pour conséquence de mettre en avant certaines catégories au détriment des autres.  Mais la première impression est globalement très bonne et donne envie de pousser plus loin.

Une navigation fluide et (presque toujours) bien pensée

Plusieurs manières de naviguer sur le site sont possibles. Elles correspondent chacune à un type d’usage et d’utilisateur, permettant à tous (historiens, généalogistes, amateurs…) de trouver leur bonheur. La page est en gros découpée en trois « blocs » : les outils d’accès aux fonds, les outils de recherche thématique et les menus de haut et bas de page, qui réservent des surprises agréables.

Naviguer dans les fonds
Le premier outil de navigation est un gros bloc gris clair, placé juste sous le nom du site, qui permet de naviguer directement dans les fonds. Les « Archives numérisées », sur lesquelles nous reviendrons, sont accessibles soit par le biais du nuage de rubriques, soit par un menu déroulant. Chaque rubrique offre un outil de recherche qui lui est propre (par année, par ville, par nom de personne, etc., selon le type de document). La rubrique « Toutes les archives » permet d’effectuer une recherche par sujet, lieu, personne, date ou cote. Concernant ce premier outil de navigation, on note un défaut : on ne peut pas utiliser le bouton « page précédente » du navigateur, et on est donc obligé d’utiliser le bouton « Retour », qui renvoie vers la page d’accueil. Ce petit problème n’est pas rédhibitoire, mais il oblige à prendre des précautions…

Penchons-nous maintenant de plus près sur les archives numérisées elles-mêmes, contenu le plus à même d’intéresser les historiens 2.0 que nous sommes. Bien sûr, les fonds accessibles sont encore limités. J’ai eu l’occasion de visiter la salle où les documents sont numérisés, c’est un travail de longue haleine…
Les documents disponibles sont néanmoins bien présentés. Chaque fond est accompagné d’une courte note descriptive, et le bouton « + d’infos » permet notamment de voir le document dans son contexte (place dans le dossier…) et d’obtenir sa cote. On peut en outre trier les résultats de recherche par date, type ou pertinence.
Enfin, l’outil de visualisation des documents est satisfaisant. On peut manipuler les documents, zoomer (la définition est bonne), feuilleter un dossier… Il ne manque que la possibilité de télécharger les images, mais une solution de rechange a été trouvée, nous y reviendrons. Pas d’océrisation, bien sûr. C’est regrettable mais, la plupart des documents étant manuscrits, le chantier aurait été colossal.
Bref, malgré le peu de documents disponibles pour le moment, l’outil d’accès aux fonds numérisés est très prometteur, une sorte d’évolution de celui des Archives municipales de Lyon.

Des outils accessibles à tous
En-dessous du premier bloc, on en trouve un second, lui aussi très facilement repérable et intitulé « Vous recherchez ». Il propose quatre entrées illustrées par des icônes : « une personne », « un lieu », « un thème » et « une période ». Ces quatre catégories sont très différentes et nous allons donc les traiter séparément…
« Une personne » et « un lieu » proposent des conseils de recherche pour la biographie, la généalogie, ou encore la recherche d’informations sur un bâtiment. Ces rubriques sont de véritables mines d’or. Les conseils, destinés à l’amateur, sont judicieux et de multiples liens en surbrillance permettent d’accéder aux fonds ou à des outils de recherche.
« Un thème » conduit à une page qui recense différentes thématiques. Cliquer sur l’une d’entre elles permet d’accéder à un arbre de sous-rubriques qui permet d’affiner la recherche par étapes successives jusqu’à la liste des fonds à consulter sur un point précis. L’arborescence est bien conçue, très ergonomique, avec la possibilité de revenir en arrière. On regrettera seulement que le premier menu de 13 thèmes reste apparent, ce qui peut être encombrant sur un petit écran.
Enfin, « une période » permet d’accéder à ce qui est, pour moi, l’une des plus belles ressources du site : une frise chronologique interactive. En cliquant sur l’une des 5 périodes proposées, on peut « zoomer » sur la frise pour voir s’afficher quelques dates clefs. On accède en outre, en-dessous de la frise, à une arborescence de thèmes similaire à celle de l’outil « un thème » pour chaque période. C’est pour moi l’outil de navigation le plus ergonomique et le plus sympathique, celui qui utilise le mieux les possibilités du web.
Dans l’ensemble, ces quatre outils très bien conçus, s’ils sont plus destinés à l’amateur qu’à l’historien professionnel, qui préférera naviguer directement dans les fonds, sont pour moi le principal atout du site.

Les trésors cachés du pied de page
Dernier « bloc », le haut et le bas de la page… Le bas reprend en fait une sorte de plan du site. Le « Plan des recherches » correspond aux outils traités plus haut. Les « Infos pratiques » reprennent le tout petit menu déroulant situé en haut à droite de la page, et qu’on voit à peine à coté de l’outil d’accès aux fonds et d’un diaporama à fonction purement décorative. Ce menu renferme le dernier « trésor » du site : aux cotés des informations classiques (coordonnées, plan d’accès, agenda…), il propose une rubrique « Outils de recherche ». Cliquer permet d’accéder à une page aux contenus hétéroclites classés en trois onglets. Le premier permet de télécharger les fascicules « Clés de la recherche » disponibles au format papier aux archives. Le second, « Listes et cartes », permet d’accéder à des documents aussi divers qu’utiles, de la liste des archivistes du Rhône à la carte des sections cadastrales de Vaise. Encore une véritable mine d’or qui souffre de ne pas être plus mise en avant sur la page d’accueil. Le troisième et dernier onglet, « Références », est comme son nom l’indique une liste de références bibliographiques assez anciennes (XIXe siècle surtout) avec pour chacune d’elle un lien vers Gallica permettant de consulter gratuitement l’ouvrage en ligne. Une très bonne idée.
Enfin, le pied de page propose des liens vers les pages des ADR sur Twitter et Flickr et un flux RSS. De quoi ravir les adeptes de la digital history, d’autant que l’activité semble assez intense sur le compte Twitter. Encore une très bonne idée et un signe de la volonté des ADR d’entrer de plain-pied dans l’ère du numérique.

Le compte personnel : la bonne idée des ADR
Nous terminerons ce test en rendant hommage aux ADR pour une très bonne idée : la possibilité de créer un compte personnel. En quelques clics, le visiteur peut accéder à un espace personnel qui lui permet de garder en mémoire les recherches effectuées et les documents consultés en les plaçant dans son panier, à la manière des sites de vente en ligne. L’outil est rudimentaire (on ne peut pas classer les documents sélectionnés) mais très pratique, et il permet notamment de partager sa sélection en copiant un lien. Comme on ne peut pas naviguer dans une recherche avec son navigateur internet et qu’il est donc impossible d’enregistrer un résultat dans ses favoris, on a là l’outil indispensable pour sauvegarder ses résultats.

Quelques mots pour conclure
Longtemps attendu, le site des ADR tient ses promesses. Malgré un coté un peu « fouillis » au départ, il est très bien conçu et offre de belles perspectives d’avenir lorsque le fond numérisé s’étoffera.

Les +
La frise chronologique de la rubrique « une période ».
Les « outils de recherche ».
Les conseils de recherche des rubriques « une personne » et « un lieu ».
Maniabilité des documents numérisés.
Twitter/Flickr/RSS

Les –
« Outils de recherche » pas assez visibles sur la page d’accueil.
Pas d’océrisation, mais était-ce possible ?

mardi 12 avril 2011

La révolution numérique touche enfin les ADR !

>>>>> !!! Breaking News !!! <<<<<


Les Archives départementales du Rhône ont (enfin) annoncé la mise en ligne imminente des dossiers de l'Etat-civil pour l'ensemble du département. C'est un bon début. Mais seulement un début, car les ADR demeurent en retard sur nombre d'autres institutions dans le domaine des nouvelles technologies.

samedi 5 mars 2011

Googling Lyon (3/3). (Res)sources en ligne pour historiens lyonnais, par Yann Sambuis

« Ressources en ligne » est sans doute un titre assez vague pour ce troisième volet. Les deux premiers articles de la série Googling Lyon portent en effet eux aussi, d’une certaine manière sur des ressources en ligne. Cependant, alors que je me suis penché dans le premier volet sur ce que j’appellerai des généralités, et dans le second sur des ressources créées par des Lyonnais, j’ai décidé de consacrer ce troisième billet d’une série qui en comptera peut-être plus, tout compte fait, à un type de ressources bien particulier : ce que nous autres historiens appelons « sources ».
Ces dernières années, l’importance prise par le web dans la vie de tous les jours a en effet conduit un nombre croissant de services publics à entreprendre la mise en ligne de documents d’archive. Cette politique permet, outre un accès plus facile, puisque la barrière de la distance est abolie par internet, de créer un sauvegarde numérique de documents souvent fragiles – même si, pour les plus fragile, la numérisation détruit parfois l’original. A Lyon, on distingue trois pôles principaux dans cette politique de numérisation : la Bibliothèque municipale (BML), les Archives municipales (AML), et enfin les Archives départementales du Rhône (ADR), qui, pour ce que j’en sais, devrait ouvrir son portail de ressources en ligne dans les prochains mois.
En attendant l’ouverture du site des archives du Rhône, jetons donc un œil aux deux autres pôles…

La Bibliothèque municipale de Lyon : le choix de portails thématiques

Avant toute chose, notons que la BML est, du fait de sa taille, divisée en un certain nombre de secteurs, dont plusieurs participent à la politique de numérisation de documents. Je vais essayer de présenter ici les différents projets mis en place par le pôle de documentation régionale.
Du fait de la diversité des documents mis en ligne, le choix a été fait de créer des portails différents, tous hébergés sur le site de la BML. Trois de ces mini-sites sont à même d’intéresser l’historien de Lyon : « Revues savantes », « Presse lyonnaise du XIXe siècle » et « Photographes en Rhône-Alpes », sans doute le plus original des trois.

Le portail « Revues savantes » est le plus ancien et le moins abouti. Je me contenterai donc de le décrire brièvement.
Comme son nom l’indique, il regroupe les trois revues savantes lyonnaises éditées au XIXe siècle, et jusqu’en 1924 pour la principale, la Revue du Lyonnais. Les collections ne sont malheureusement pas complètes mais, malgré une interface assez archaïque, le site présente pour principal intérêt de permettre la recherche plein-texte. En effet, les revues numérisées ont été océrisées (du sigle anglais OCR, Optical character recognition, procédé qui permet d’extraire un texte au format numérique à partir de l’image numérisée d’un texte sur papier).
En dépit de cet avantage important, qui permet une manipulation rapide et aisée des documents, le site souffre de son champ limité et – je me répète – de l’archaïsme de son interface, qui serait sans doute assez peu ergonomique si le nombre de revues était plus important.

Le site consacré à la presse lyonnaise du XIXe siècle est le plus récent et, à mon sens, le plus prometteur.
Initialement intitulé CaNu (pour « canards numérisés »), le projet se propose de mettre en ligne l’intégralité de la presse lyonnaise parue entra 1830 et 1914 et conservée à la BML. L’interface est élégante et fonctionnelle. Tous les textes ont bien sur été traités par océrisation et la recherche plein-texte est possible. On peut en outre choisir le champ de la recherche : l’ensemble de la base, un titre, un exemplaire donné d’une revue, toute la presse d’un jour donné… Il est en outre possible de télécharger tout le contenu du site au format PDF ou image afin de l’utiliser sans être connecté à internet, de le traiter avec divers logiciels voire – pourquoi pas ? – de le transférer sur un e-book. On regrettera seulement que, lorsqu’on effectue une recherche, le terme recherché n’apparaisse pas en surbrillance dans le texte qui s’affiche à l’écran : on doit parcourir toute la page pour le retrouver. Une astuce : il suffit d’ouvrir la page en PDF et de faire une recherche en utilisant votre navigateur (Ctrl + F).
En plus de cette interface très bien conçue, le site propose une page d’accueil fort sympathique. On y trouve un « kiosque du jour », qui propose une sélection de tous les titres parus à la date de notre visite – par exemple, lors de ma visite, tous les journaux parus un 5 mars. Cet outil est accompagné d’un calendrier qui permet de changer de date ou d’affiner la recherche en sélectionnant une décennie, un titre, etc. Enfin, le site met à notre disposition en page d’accueil des dossiers thématiques concernant la presse lyonnaise du XIXe siècle – la surveillance de la presse anarchiste, par exemple.
On a donc là un outil très intéressant, qui de plus est appelé à s’enrichir au fur et à mesure que la numérisation avancera.

Dernier portail thématique de la BML que je voudrais mentionner, le site « Photographes en Rhône-Alpes ». Alors que les deux précédents étaient assez nettement destinés aux spécialistes, ce site se veut bien plus grand public. On est bien plus ici dans une logique de mémoire en ligne que d’histoire numérique telle que je la conçois pour ma part. Ce qui ne nous interdit pas, loin de là, de nous y intéresser.
Comme son nom l’indique, ce site regroupe donc des photos de toutes périodes représentant la région Rhône-Alpes, avec un intérêt particulier : sa dimension « participative ». En effet, les internautes sont invités à enrichir la collection en proposant leurs photographies, que la BML propose de numériser, avant de rendre les originaux à leur propriétaire. On est donc bien ici face à un « portail », une plateforme qui accueille différents albums, regroupés par thème, par auteur, par époque, et qui a vocation à grandir au fil du temps. Pour éviter une croissance désordonnée, la BML garde cependant le contrôle de l’outil, puisque, même si elle utilise l’outil Flickr de Yahoo!, les utilisateurs ne peuvent pas directement mettre en ligne leurs photographies. De plus, afin de construire la base progressivement, trois thématiques principales sont proposées aux internautes qui souhaiteraient participer au développement du projet : le Grand Lyon, l’Ardèche et la Seconde Guerre mondiale.
Au-delà de cette dimension grand public, l’intérêt principal pour l’historien est la possibilité de recherche par mots-clefs, à laquelle s’ajoutent différents outils qui permettent de naviguer dans les collections : frise chronologique, carte interactive, noms des photographes, etc.
Si la collection gagnerait à être enrichie – ce qui ne saurait tarder, mais force est de constater que pour un fond lyonnais, deux photographies d’Edouard Herriot, c’est un peu léger – l’outil demeure extrêmement prometteur.

Les Archives municipales de Lyon : des outils de qualité variable

            Les AML, second pôle que je voudrais évoquer, apparaissaient déjà dans le premier volet de Googling Lyon. Je laisserai donc de coté les outils que j’ai déjà évoqués, plus destinés au grand public qu’à l’historien. Le site propose différents types d’archives, mais tous utilisent à quelques détails près la même interface, et je vous propose donc de les traiter dans un superbe coffret tout en un.

            L’interface est assez ancienne, mais une fois qu’on en a compris le fonctionnement, elle est d’un usage assez facile et efficace. Les fonds proposés sont divers – registres paroissiaux et d’état-civil, registres des enfants abandonnés, convois funéraires, recensements annuels, délibérations des Conseils municipaux, cartes postales lyonnaises, affiches anciennes et cartes et plans de Lyon – mais partagent peu ou prou la même interface.
            Globalement, les possibilités de recherche sont nombreuses, avec, assez souvent, une possibilité de recherche « semi-guidée » qui propose un accès plus direct aux documents concernant une sélection de personnalités lyonnaises. Le site souffre néanmoins d’un manque très sensible, qui s’explique sans doute par son ancienneté : les textes ne sont pas océrisés et la recherche plein-texte est donc impossible. Cette lacune pourrait cependant être assez aisément comblée au moins pour les documents dactylographiés ou imprimés. Ainsi, tous les documents ne sont accessibles que sous forme d’images.
            Malgré ce manque – très dommageable, car il restreint énormément les possibilités de manipulation informatique des textes –, le portail de AML reste une ressource incontournable pour l’historien lyonnais. En effet, la richesse du fond numérisé justifie à elle seule qu’on s’y intéresse, même si l’archaïsme relatif de l’interface – qui n’a rien d’irréversible, je le répète – est frustrant pour l’internaute chevronné.

            Dans l’ensemble, le site des AML est donc une véritable mine d’or pour l’historien, mais une exploitation efficace nécessitera de moderniser les outils.

Perspectives d’avenir

            Je l’écris à chaque fois, l’histoire numérique est en perpétuelle évolution. Ainsi, dans les mois et les années qui viennent, les sources en ligne devraient se multiplier. A ma connaissance, deux projets importants sont en cours à Lyon. D’une part, les Archives départementales du Rhône préparent la mise en ligne du cadastre et des registres d’état-civil du département, qui devrait intervenir courant 2011. D’autre part, la BML poursuit sa politique de numérisation du fond ancien. Grâce à un accord conclu avec Google Books – encore eux ! –, plus de 2000 ouvrages anciens numérisés et océrisés, dont un certain nombre concernant Lyon, devraient être mis en ligne dans les prochains mois.
            Une fois de plus, je vous mets au défi : comment ne pas être optimiste ? (Ne me répondez pas, je ne suis pas sûr de vouloir savoir, en fait…)

Bilan

            Un bilan par site pour trois des outils abordés :

Presse lyonnaise du XIXe siècle
Les + : Interface belle et fonctionnelle, recherche plein-texte, outil « kiosque ».
Les - : Les termes recherchés n’apparaissent pas en surbrillance.

Photographes en Rhône-Alpes
Les + : Richesse potentielle du fond, ergonomie et beauté de l’interface.
Les - : Encore en construction, ne fonctionne pas selon les critères de pertinence de l’historien.

Archives municipales de Lyon
Les + : Richesse du fond, outil « personnalités ».
Les - : Pas de recherche plein-texte.

Merci à Mohamed, de la documentation Rhône-Alpes de la BML, pour son aide.

dimanche 6 février 2011

Information : Du nouveau pour l'histoire numérique à Lyon

        Dans son commentaire à mon dernier billet, Christian Henriot (Institut de l'Asie Orientale de Lyon) nous annonce de bonnes nouvelles pour l'histoire numérique lyonnaise. Comme je sais que personne ou presque ne lit les commentaires, je copie son message ci-dessous :

       "L'Institut des sciences de l'homme à Lyon s'est donné comme priorité scientifique commune pour le prochain contrat quinquennal les "humanités numériques". On peut donc raisonnablement espérer voir émerger des projets nouveaux dans les différentes disciplines des sciences humaines et sociales à Lyon. Un projet de Labex (Laboratoire d'excellence) sur les humanités numériques a d'ailleurs été déposé dans le cadre du Grand emprunt. Ce projet est en cours d'évaluation."

        De quoi renforcer encore notre optimisme, si c'était nécessaire. Je profite d'ailleurs de cette occasion pour vous rappeler que vos contributions et commentaires sont les bienvenus. N'hésitez pas à nous contacter par courriel (digitallugdunum@gmail.com).

Yann Sambuis

vendredi 4 février 2011

Googling Lyon (2/3). De la présence sur le web des historiens lyonnais, par Yann Sambuis

           Nous avons parlé dans le dernier billet du problème de la disponibilité en ligne d’informations et de travaux sur l’histoire de Lyon. Si j’ai essayé de discerner dans mon enquête les contenus mis en ligne par des amateurs de ceux créés par des professionnels ou des institutions reconnues, j’ai en définitive assez peu abordé la question de la présence en ligne de ces professionnels. Or c’est là une des principaux points qui m’ont conduit à créer le projet Digital Lugdunum : la très faible présence en ligne des historiens lyonnais, quel que soit, cette fois-ci, leur objet d’étude.

Une recherche en ligne plus complexe

            Il va sans dire que le travail auquel je m’attelle pour ce second volet est bien plus complexe. Si le précédent billet n’était somme toute que l’analyse d’une recherche sur Google, complétée par les éléments que j’ai pu glaner depuis un an et demi sur l’histoire de Lyon en ligne, il est bien plus complexe de détecter la présence en ligne des historiens lyonnais. Commençons donc par un point sur la méthode…
            J’ai fait le choix de partir des sites des « viviers » de chercheurs que sont les universités et laboratoires lyonnais. Ma visite du web de l’histoire à Lyon – et non plus de l’histoire de Lyon – commence donc par une revue des sites ou pages web de ces différents viviers. Partant de là, j’ai navigué de page en page à la recherche de contenus intéressants en ligne. Explicitons donc ce que j’entends par « contenus intéressants ».
            On trouve bien entendu – nous sonnes tout de même au XXIe siècle – une fiche de présentation plus ou moins synthétique de chaque chercheur ou enseignant-chercheur en histoire rattaché à centre de recherche lyonnais, voire plusieurs fiches dans le cas courant d’un rattachement à plusieurs organismes. Là n’est pas la question. L’objet de notre recherche, notre gibier en quelque sorte, ce n’est pas l’historien dont on trouve des traces sur le web, mais bien l’historien numérique, c’est-à-dire celui qui, à défaut d’utiliser tous les outils fournis par la technologie moderne, utilise le web comme outil de travail et comme plateforme de diffusion des savoirs. Cette définition a minima m’est imposée par la rareté en France de réels historiens numériques comme peuvent l’être les Américains Dan Cohen, Roy Rosenzweig et autres membres du Center for History and New Media. Contentons-nous donc de ce que nous trouvons, et partons en quête, dans les institutions de la recherche lyonnaise, de contenus, travaux et autres matériaux en ligne…

Point de départ ;) 

            Je me permettrai d’entamer cette exploration par un clin d’œil. Ceux d’entre vous qui ont eu l’occasion de parcourir mon blog personnel savent que mon intérêt pour ce qu’il est convenu d’appeler « histoire numérique », traduction du terme anglais Digital History, provient notamment du séminaire de Christian Henriot sur le sujet.
Or Christian Henriot, enseignant-chercheur spécialiste de la Chine et de l’Asie de l’Est rattaché à l’Institut d’Asie Orientale (IAO) de Lyon, est sans doute le seul véritable historien numérique lyonnais actuel – mes recherches sur la toile ne m’ont en tout cas pas permis d’en trouver d’autres. Il a ainsi créé son propre site, principalement autour des séminaires qu’il anime, et met en ligne toutes ses publications, dans la limite de ce que la loi permet, c’est-à-dire à l’exception des ouvrages protégés par un copyright.
D’autre part, Christian Henriot est à l’origine de Virtual Shanghai, projet d’histoire numérique qui se penche sur l’histoire de Shanghai depuis le milieu du XIXe siècle, en réunissant sur un même site internet des images, des textes d’archive, des références bibliographiques, des cartes… De tels projets, s’ils sont courants aux Etats-Unis – voir notamment the Valley of the Shadows –, restent malheureusement très rares en France, a fortiori à Lyon.

Une entrée progressive dans l’ère du numérique

Et c’est bien là que le bât blesse. J’ai commencé mon panorama par Christian Henriot et, en ce qui concerne l’histoire numérique dans son acception la plus stricte – je recommande à ce propos le court article de mon camarade François-Xavier Colin sur la digital history – j’aurais aussi bien pu m’arrêter là. Ce qui n’empêche pas les acteurs de l’histoire lyonnaise d’entrer de plus en plus dans l’ère du numérique, en proposant des plateformes web qui méritent d’être mentionnées.
Les différents laboratoires de recherche possèdent ainsi des sites plus ou moins aboutis. Au premier rang, bien sûr, le site de l’IAO, qui propose diverses ressources numériques, parmi lesquelles plusieurs projets thématiques en histoire numérique, notamment un sur le supplice chinois et sa représentation, ancien (2002-2005) mais intéressant. Un second pôle d’histoire numérique, s’il n’est pas exclusivement lyonnais – ni exclusivement historien, d’ailleurs – se distingue : l’équipe Littérature, idéologies, représentation XVIIIe-XIXe siècles (LIRE), équipe européenne dont sont membres plusieurs chercheurs lyonnais. Derrière une interface peu attrayante, le site propose des liens vers divers projets de numérisation d’archives, notamment des journaux anciens. On citera notamment les projets « Gazettes européennes du 18e siècle » et « Les journaux d’Alexandre Dumas ».
Signalons pour le reste que la plupart des laboratoires proposent aujourd’hui des liens vers des ressources et publications accessibles gratuitement en ligne. C‘est le cas notamment du Ciham (Centre interuniversitaire d’histoire et d’archéologie médiévale), qui met en ligne ses publications sur HAL-SHS.

Les travaux universitaires en ligne : mention « passable »

Enfin, le dernier pôle de l’histoire lyonnaise sur le web est celui des universités et autres établissements d’enseignement supérieur.
Pour la plupart, ces établissements proposent en effet un accès en ligne aux thèses, voire aux masters – c’est le cas de l’Institut d’études politiques –, de leurs étudiants. On regrettera malheureusement qu’un nombre non négligeable de thèse de Lyon 2 et Lyon 3 ne soient pas disponible faute d’accord de leurs auteurs. Sans doute ces refus sont-ils, une fois de plus, dus à la peur du plagiat et de problèmes avec un éventuel éditeur, peur du net qui, nous ne le répéterons jamais assez, est totalement infondée.
On peut en outre regretter que les universités, contrairement à l’IEP, ne mettent pas en ligne les mémoires de Master. D’autant que, même au format papier, l’expérience montre que l’archivage n’est pas systématique, malgré l’obligation de principe qu’ont les étudiants de déposer leurs travaux.

Appréciation globale : « peut mieux faire »

            Concluons sur une note optimiste ce billet. Je l’ai dit, la recherche en ligne de projets lyonnais est complexe. Google ne propose pas encore de rechercher des pages en fonction de leur lieu de création. Il est donc très probable que j’aie raté certains sites. On peut cependant dresser un premier bilan, moins négatif que je ne le craignais au départ.
            Certes, l’histoire numérique est loin d’être entrée dans les mœurs, et les projets dans ce domaine sont encore trop rares. Néanmoins, outre l’IAO, pionnier de la discipline à Lyon autour notamment de Christian Henriot, plusieurs projets se distinguent. C’est notamment le cas des plateformes d’archives numérisées du LIRE, auxquelles participent des chercheurs lyonnais.
Cependant, les lacunes des plateformes de mise en ligne de travaux universitaires sont encore criantes, et la plupart des sites de laboratoires pèchent par une interface peu attrayante tant en termes d’esthétique que d’ergonomie. En outre, les recherches que j’ai effectuées pour ce billet confirment le manque souligné dans notre projet d’un engagement des historiens lyonnais dans une histoire numérique comme moyen de transmission des savoirs, dans une vulgarisation de qualité.
Gardons cependant espoir : le nombre de projets semble aller croissant et l’histoire numérique a de beaux jours devant elle à Lyon, tant il semble inimaginable que les historiens de la jeune génération – dont je fais partie – laissent passer cette opportunité d’ancrer l’histoire dans l’ère du numérique. Selon mes sources, plusieurs doctorants lyonnais s’attellent d’ailleurs actuellement à la création d’une plateforme de publication en ligne.

Du nouveau !

J'édite le message pour ajouter une seconde note d'optimisme : je copie ci-dessous le commentaire de Christian Henriot, qui laisse à penser que l'histoire numérique lyonnaise est promise à un bel avenir.
"L'Institut des sciences de l'homme à Lyon s'est donné comme priorité scientifique commune pour le prochain contrat quinquennal les "humanités numériques". On peut donc raisonnablement espérer voir émerger des projets nouveaux dans les différentes disciplines des sciences humaines et sociales à Lyon. Un projet de Labex (Laboratoire d'excellence) sur les humanités numériques a d'ailleurs été déposé dans le cadre du Grand emprunt. Ce projet est en cours d'évaluation." C. Henriot

samedi 15 janvier 2011

A propos de Googling Lyon 1/3

Je viens de trouver un reportage de TLM sur la base de données "C'est arrivé à Lyon" des Archives municipales, dont j'ai parlé dans mon précédent billet :
http://www.youtube.com/watch?v=AxMPcvSJ1lw

vendredi 14 janvier 2011

Googling Lyon (1/3). Ebauche d’un portrait de l’histoire de Lyon en ligne, par Yann Sambuis

J’inaugure avec ce billet une série qui devrait en compter au moins trois et dans laquelle je me penche sur la présence en ligne de l’histoire lyonnaise. Ce premier volet est consacré à la recherche sur internet d’informations sur l’histoire de Lyon. J’aborderai dans les prochaines semaines la question de la présence des historiens lyonnais sur le web et de la possibilité pour l’historien de Lyon de pratiquer une histoire numérique, c’est-à-dire d’une part de trouver des ressources en ligne et d’autre part d’être actif sur le réseau mondial.

Il y a quelques semaines déjà, je publiai sur mon blog personnel un billet intitulé « Edouard Herriot et les pièges du net », dans lequel je décrivais avec humour les péripéties d’un jeune homme de la « génération internet » – à laquelle j’appartiens aussi – à la recherche d’informations sur Edouard Herriot. Ce billet est en fait le résultat d’un échec : j’avais au départ l’intention d’écrire un guide de l’histoire lyonnaise en ligne, mais devant le peu de temps dont je disposais, je décidai de me cantonner à Herriot, sans prétendre aucunement à l’exhaustivité sur le sujet. Seconde tentative, donc, qui je l’espère sera la bonne.

Au commencement était Google

            Mon propos n’est pas ici de dresser une liste des sites – ils sont de toute façon peu nombreux – traitant avec sérieux et rigueur de l’histoire de Lyon. J’ai délibérément abandonné toute idée d’exhaustivité, préférant rédiger une sorte de « guide » de l’histoire de Lyon en ligne, qui suivra le fil de mes propres recherches. C’est pourquoi notre voyage dans les profondeurs du net commence tout naturellement sur Google.
            Première précaution : rien ne vous interdit d’utiliser un autre moteur de recherches (Bing, Yahoo, etc.). Il se trouve seulement que, comme la plupart des internautes, j’ai mes habitudes sur Google – dont j’utilise non seulement le moteur de recherches, mais aussi la messagerie, la plateforme de gestion de blogs, etc.
            Recherchons donc : « Histoire de Lyon ». Une bonne surprise nous attend. En effet, alors que les résultats s’ouvrent le plus souvent par un article Wikipédia – nous y reviendrons –, l’encyclopédie en ligne est ici précédée par des pages plus sérieuses. Après un plan d’accès au muséum d’histoire naturel (fermé depuis quelques années déjà…), on trouve ainsi, en 2e et 3e positions, les pages du site dédié au patrimoine de la ville de Lyon, et la rubrique « Histoire » du site de la mairie de Lyon. Ces deux sites ont le mérite de résumer avec clarté et en quelques pages seulement l’histoire de la ville de Lyon. Le second reprend d’ailleurs de larges extraits du premier, ce qui est compréhensible puisque les deux émanent du même service, et font en quelque sorte doublon.
            Dans le même esprit, et toujours en première page des résultats de la recherche Google, deux autres sites proposent de brèves histoires de Lyon assez sérieuses pour être mentionnées ici. D’une part, le site de l’association @lyon propose une page « Historique de la ville de Lyon », qui a le mérite de retracer l’histoire de la ville en s’appuyant sur une chronologie assez étoffée, au moins jusqu’au XXe siècle, pour lequel un petit manque de précision est à déplorer, plusieurs événements étant mentionnés comme « importants » sans que leur date ne soit précisée. D’autre part, le site de la Primatiale Saint-Jean propose une section histoire assez détaillée qui fait la part belle à l’histoire religieuse, et comporte un chapitre intéressant sur les fêtes du 8 décembre.
            On oubliera en revanche la page « Histoire de Lyon » du portail l’Internaute, selon laquelle il ne se passe rien, à Lyon, de suffisamment important pour être mentionné entre 1834 (massacre de la rue Transnonain) et 1987 (arrestation à Lyon des membres d’Action Directe).
           
L’Homme fit Wikipédia à son image… et l’historien vit que cela n’était pas toujours bon

            Intéressons-nous maintenant au « cas » Wikipédia. L’encyclopédie en ligne doit, on le sait, son succès à l’adoption de la charte des Free cultural works (travaux culturels libres), tirée de la Free software definition (définition du logiciel libre) du projet GNU.
            Or le point essentiel de cette charte est la liberté pour tout utilisateur de modifier le contenu d’une page et de diffuser ce contenu modifié. Les articles de Wikipédia sont dès lors sujets à de constantes mises à jour, et les critiques que je pourrais adresser à la page que j’ai sous les yeux ne seront peut-être plus pertinentes dans deux jours. Je pourrais d’ailleurs aussi bien modifier la page moi-même pour qu’elle réponde à mes attentes. Mais ce n’est pas  notre propos ici. Contentons-nous de reconnaitre avec Roy Rosenzweig[1] que les chronologies sont le plus souvent justes et que, du point de vue factuel, la constante réécriture et le débat sur les pages de suivi des modifications aboutissent à des articles assez complets et aussi neutres que possibles sur le plan de l’idéologie.
            Une lecture rapide des deux pages consacrées par Wikipédia à la ville de Lyon et à l’histoire de Lyon ne laisse pas apparaître d’erreurs. Les commentaires d’utilisateurs laissent certes soupçonner un manque de justification par des sources précises, mais les pages citées précédemment n’en mentionnaient pas ou peu. L’article sur Herriot, littéralement truffé de fautes, m’a cependant appris la prudence, et je ne saurais trop conseiller à l’internaute de se tourner vers d’autres sources si possible. D’autant que la justesse de l’article d’aujourd’hui ne garantit rien pour demain.

Des tentatives d’histoire de Lyon en ligne

            Achevons notre rapide exploration avec des sites plus étoffés que les courts historiques précédemment mentionnés. On trouve en effet sur le net quelques sites dédiés à l’histoire de Lyon et proposant des ressources intéressantes.

            En premier lieu, comment ne pas citer le site des Archives municipales de Lyon, dont la section « Histoire de Lyon » offre plusieurs outils intéressants.
            Tout d’abord, le site offre une chronologie des maires de Lyon, accompagnée d’une sympathique rubrique sur les « records » des édiles lyonnais, le tout tiré de l’ouvrage publié en 1994 sur le sujet[2].
            Ensuite, l’outil « C’est arrivé à Lyon » permet de découvrir de manière ludique les grandes et les petites dates de l’histoire de la capitale des Gaules. Ont peut ainsi apprendre tout ce qui s’est produit le jour de son anniversaire, les événements de telle ou telle année, ou encore effectuer une recherche par date ou mot-clef.
Enfin, le site propose des archives commentées sur des sujets divers et des recherches thématiques réunissant des archives autour d’un même sujet. On trouve notamment dans l’onglet « Personnages » une courte et intéressante biographie d’Edouard Herriot.
Le site des archives de Lyon est donc à conseiller non pas seulement aux professionnels de l’histoire – nous y reviendrons dans le troisième volet de cette série d’articles –, mais aussi à tous ceux que l’histoire de la ville intéresse.

On retiendra ensuite le site d’histoire de Lyon et de la région lyonnaise créé en 2007 par «  des historiens lyonnais, professionnels et membres de sociétés savantes » - sans précision sur leur identité ou celle desdites sociétés – avec un objectif bien plus ambitieux que le nôtre.
Le plan du site laisse en effet deviner une ambition encyclopédique, puisque des sections, souvent vides, sont prévues pour un grand nombre de thèmes, comme par exemple l’histoire militaire de Lyon au Moyen-âge ou l’histoire du costume et de la mode à Lyon. Malheureusement, le site compte peu d’articles, qui sont pour la plupart de courtes notices biographiques sur des personnages lyonnais, des chronologies indicatives ou encore des indications bibliographiques sur un sujet précis.
De plus, le site semble avoir cessé toute activité depuis le 24 juin 2008, date de la dernière publication. Ce projet mérite cependant d’être mentionné, ne serait-ce que pour ces objectifs ambitieux. Rien ne dit en effet que son activité ne reprendra pas un jour.

Enfin, il me semble difficile de faire l’impasse sur un site amateur très actif jusqu’à une période récente, Lyon Historique.
Ce site, qui se présente comme « l’œuvre d’un amateur d’histoire locale », regroupe 85 articles présentant des lieux historiques de Lyon et de sa région, tous publiés entre 2005 et 2010 par le webmestre, dont le pseudonyme est « qse ». L’article le plus récent remontant à l’été 2010, on peut se demander si le site est encore actif. Néanmoins, il demeure très intéressant dans une perspective de découverte en amateur de l’histoire locale, et regorge d’idées de visites qui, ne l’oublions pas, sont indissociables de l’histoire grand public.

Du pain sur la planche ?

            Concluons donc ce premier volet sur une note d’optimisme. Si, comme nous l’expliquons dans le texte fondateur de Digital Lugdunum, l’histoire lyonnaise se doit d’être plus présente en ligne, la situation n’est pas désespérée. Il est possible de trouver facilement des indications de qualité sur l’histoire de notre ville. Ce qui manque, ce sont en fait les travaux précis réalisés par des professionnels. Malgré l’échec – temporaire ? – de la tentative mentionné plus haut, pourquoi ne pas rêver de créer un jour une histoire de Lyon en ligne écrite par des historiens et accessibles gratuitement à tous ?

Les sites que je vous recommande :

Pour une première approche générale et factuelle :

Pour des approches thématiques :
Lyon Historique (amateur)


[1] Roy ROSENZWEIG, “Can History be Open Source? Wikipedia and the Future of the Past”, Journal of American History 93, no. 1 (Jun 2006): 117-146
[2] Bruno Benoit, Raymond Curtet, René Giri, Maurice Moissonier, André Mure, Jacques Prévosto, Roland Saussac, 24 maires de Lyon pour deux siècles d’histoire, Lyon, Editions Lugd, 1994, 245 pages

mardi 4 janvier 2011

Mise à jour

Bonjour,

A la demande de plusieurs lecteurs, voici, en complément du billet de Jacques Prevosto, un lien vers une page de  cartes postales anciennes des rues de Lyon : http://www.visitelyon.fr/photos-anciennes.php

Vous pouvez aussi trouver un plan interactif de Lyon sur http://www.carto.lyon.fr/plan/

Bonne lecture,

Yann Sambuis

lundi 3 janvier 2011

La politique au coin des rues lyonnaises de 1870 à 1914, par Jacques Prevosto


Note : Un plan interactif de Lyon est disponible sur http://www.carto.lyon.fr/plan/. N'hésitez pas à l'utiliser !

            Depuis la Révolution française au moins, toponymie et politique sont étroitement liées. A Lyon en septembre 1870 après la défaite de Sedan, la grande artère percée dans la presqu’île en 1854 perdit son nom de rue Impériale pour devenir la rue de Lyon : cette dénomination suffisamment neutre ménageait un avenir institutionnel encore bien incertain. En 1879, la démission de Mac Mahon et l’élection de Grévy à la présidence de la République attestèrent que les républicains avaient désormais partie gagnée, au terme d’un long combat où le conseil municipal de Lyon avait tenu toute sa place : la rue de Lyon devint alors rue de la République. Cette même année, à la demande du conseil municipal, le préfet installa une commission chargée d’étudier une révision d’ensemble des noms des           rues lyonnaises. Son rapport, déposé en 1884, servit de base aux travaux d’une deuxième commission, créée en 1888. Enfin, le conseil municipal élu en 1904 chargea une troisième commission de reprendre le dossier : le rapport confié au radical Laurent Chat fut présenté au conseil en juin 1907. Les travaux de ces trois organismes fournissent ainsi les éléments précieux pour une étude de toponymie républicaine et lyonnaise que je voudrais esquisser ici.

            D’une commission à l’autre le nombre des propositions de modifications de noms s’accroît très sensiblement : il n’est que de trente-trois dans le rapport de la première commission, alors que Laurent Chat, qui, du passé (d’un certain passé) entend faire table rase, atteint le chiffre de cent soixante-huit. Dans quelques cas la demande de modification s’explique par le souci d’éviter les doublons ou les confusions : celle qu’introduit l’érection de la statue de la République sur la place (Lazare) Carnot a persisté longtemps, au moins jusqu’à ce que le monument dédié à (Sadi) Carnot ait disparu de la place de la République. Dans un petit nombre de cas également la proposition de modification relève des exigences de la bienséance bourgeoise du XIX° siècle, que les républicains lyonnais assument totalement : les rues Bourdy [1] et Vide Bourse [2] dans le cinquième arrondissement, n’échappent pas à la proscription par Laurent Chat de toute « appellation triviale ».

            La grande majorité des demandes de modifications, toutefois, relèvent très explicitement du combat politique. Les noms qui rappellent l’Ancien Régime sont frappés d’ostracisme : la rue de Bourbon, condamnée par la première commission, devint la rue Victor Hugo en 1885. En 1907, le rapport Chat proscrivait, entre autres, les rues Dauphine et Royale  (1° arrondissement, actuellement rues Roger Violi  et, toujours, Royale) de même que la rue François Dauphin  dans le 2° arrondissement. Ceux qui pendant la Révolution n’avaient pas su faire le bon choix, jacobin, sont également visés, que ce soit Imbert Colomès, le prévôt des marchands en 1788 ou Précy, qui commandait la défense de la ville lors du siège de 1793.  De Condé à Enghien, la Restauration restait trop présente dans les rues du deuxième arrondissement au gré du rapport Chat qui concluait à la suppression de ces références.

            Dès le premier rapport, la lutte anticléricale rend compte des deux tiers des demandes de modifications, comme celles qui frappent les rues Saint-François de Sales, Saint-Louis  (aujourd’hui rue Charles Montcharmont ) et Sainte-Colombe (rue Joannès Drevet ), dans le deuxième arrondissement. Dans ce même arrondissement, la commission de 1888 ajoute la rue Saint-Joseph, la rue Saint-Dominique  (aux relents inquisitoriaux) et la rue Sainte-Hélène. Laurent Chat n’a plus à se préoccuper des deux premières puisque, en 1902, Saint Joseph a cédé la place à Auguste Comte et Saint Dominique à Emile Zola (dans la semaine qui a suivi la mort de l’écrivain). En revanche, il propose que la rue Sainte-Hélène devienne une rue Jules Ferry , avec ce commentaire : « Nous avons réservé le nom de l’illustre homme d’Etat de la Troisième République pour cette rue où se trouve toujours, pour combien de temps encore hélas, un établissement de Jésuites ». Cent vingt autres rues sont visées dans ce rapport en raison de leurs dénominations religieuses, y compris la rue de la Charité  et la place de Fourvière, qui aurait dû (re)devenir place du Forum.

            Aux nouvelles dénominations proposées pour les rues dont les noms, comme le disait Chat, étaient  «offensants ou odieux », les commissions joignaient des propositions pour des rues nouvellement ouvertes et seulement encore désignées par une lettre de l’alphabet. La première commission suggérait ainsi soixante-neuf noms nouveaux, la deuxième quatre-vingt-sept et le rapport Chat en contenait, lui, deux cent quarante-deux. La moitié de ces propositions renvoyait à l’histoire lyonnaise, aux hommes qui « ont honoré la petite Patrie ». L’autre moitié comprenait les « hommes qui ont honoré l’Humanité et la Nation ». Dans l’ensemble, les hommes politiques sont les plus nombreux, mais à égalité avec les artistes et écrivains (un tiers des propositions pour chacun de ces deux groupes). Viennent ensuite des personnages qui se sont illustrés dans le domaine des sciences et des techniques ( 16% du total). La place faite à l’Armée et à l’Empire colonial est plus modeste, 7,7% des propositions du rapport Chat : nous sommes bien au lendemain de l’Affaire Dreyfus où le nationalisme n’est plus une composante dominante de l’esprit républicain mais, il faut le souligner, n’a pas disparu.

            Une classification des propositions par grandes époques historiques est particulièrement éclairante. Le rapport Chat fait sa place à Lugdunum : 10% des propositions renvoient à l’Antiquité. Le pont du Midi, côté Rhône, (actuel pont Gallieni), aurait dû devenir le pont des Allobroges  et, côté Saône, (le pont Kitchener ), pont des Ségusiaves. Mais c’est surtout le cinquième arrondissement qui est appelé à conserver le souvenir de l’Antiquité, avec une montée des Viennois, une rue des Romains, une place du Temple des Lares, sans oublier la rue Sidoine-Apollinaire  (dont le nom est effectivement donné au chemin de Saint-Just à Saint-Simon en 1927). Par contre, le Moyen Age disparaît presque totalement comme il convient pour une période plongée dans « les ténèbres de l’obscurantisme » : seul, ou presque, Pierre Valdo peut être honoré (dans le cinquième arrondissement ) et ainsi avec lui, tous les Vaudois, «précurseurs de la doctrine du libre examen » , frappés par Philippe Auguste puis François I°.

            Les victimes du  «fanatisme » fournissent une importante cohorte de noms du XVI° siècle, comme Michel Servet à qui une place est attribuée dès 1907 dans le premier arrondissement, ou Aneau, principal du collège de la Trinité, massacré sous les yeux de ses élèves en 1561, pour qui Laurent Chat prévoyait une rue dans ce même premier arrondissement et qui finit par en obtenir une dans le septième en 1930. La montée Saint-Barthélemy   aurait dû se transformer, elle, en une montée Coligny.  Mais les propositions de Laurent Chat chantent aussi la gloire du Lyon humaniste, avec ses poétesses (Clémence de Bourges, Pernette du Guillet et Louise Labé doivent faire escorte à Clément Marot dans le deuxième arrondissement), avec ses sculpteurs (Jean Perréal,qui décora l’église de Brou), ses imprimeurs (de Barthélemy Buyer à Sébastien Gryphe). Enfin, Turquet et Nariz, les deux piémontais qui introduisirent les premiers métiers à soie, doivent en être remerciés par une rue dans le premier arrondissement. Au final, les propositions se rapportant au XVI° siècle représentent 15% du total, avec, on l’a vu, une part importante pour l’histoire locale.

            La proportion est la même pour les XVII° et XVIII° siècles : les hommes des Lumières se taillent la part du lion (d’Alembert et Julie de Lespinasse dans le premier), aux côtés des savants (Galilée, Harvey, Lavoisier, mais aussi le lyonnais Christin qui, pour avoir eu le premier l’idée du thermomètre à mercure, mérite bien une rue dans le deuxième arrondissement). Comme les deux périodes précédentes, la période révolutionnaire fournit elle aussi 15% des propositions du rapport Chat mais, cette fois, les références à l’histoire locale sont peu nombreuses, dans la mesure où en 1793 le nom de Lyon ne s’est pas conjugué avec celui de la République une et indivisible : reste, à titre expiatoire, à honorer Chalier dans son premier arrondissement. Manifestement, pour les radicaux lyonnais, la Révolution est  « un bloc » puisque le rapport Chat prévoit, dans le troisième arrondissement, une rue Camille Desmoulins et une rue Robespierre, une rue de la Montagne  et une avenue des Girondins,  une rue Mirabeau  et une place Babeuf.

            Le XIX° siècle dispose de près de la moitié des propositions (43%). La République souffrante et militante est bien représentée tant au plan national ( Ledru-Rollin, Baudin, Barbès, Blanqui) qu’au plan local (Joseph Benoît, Greppo et autres quarante-huitards lyonnais). Les grands noms de la République triomphante, comme Jules Ferry ou Waldeck-Rousseau, sont également présents mais quelque peu éclipsés, peut-être, par la cohorte des notables de la république lyonnaise, de Gailleton à Krauss, en passant par le docteur Rebatel (beau-père d’Edouard Herriot, président du Conseil général), sans oublier Léon Delaroche qui «fit preuve d’une netteté de vues remarquable en décidant d’accentuer la ligne politique du Progrès sous le ministère Méline et engagea le journal lors de l’affaire Dreyfus dans la voie qui devait aboutir à l’éclatante revanche du droit et de la justice méconnus et violés ». De même, parmi les artistes contemporains, les lyonnais sont nettement privilégiés ( 70% des propositions) : Fleury Chenu, «peintre des effets de neige dont la réputation est universelle »  doit être célébré dans le deuxième arrondissement. Le monde médical (et républicain) lyonnais n’est pas oublié par Laurent Chat : aux côtés de Gailleton et Rebatel figurent les noms du docteur Fochier, qui obtint sa rue dans le deuxième arrondissement dès 1909, et du docteur Bonnefoy, qui l’attend toujours dans le troisième.

            Comme on vient encore de le voir, les propositions des commissions ne furent pas toutes avalisées par le Conseil municipal. Un peu moins de la moitié des modifications envisagées par la commission de 1879 ont été effectivement opérées, mais pour les propositions du rapport Chat la proportion tombe à 25%. De même, un tiers des noms proposés par la première ou la deuxième commission ont été donnés à des rues de Lyon, alors que ce n’est le cas que pour un cinquième des noms retenus par le rapport Chat. Si ce dernier a été finalement moins productif que les précédents, c’est, pour une part, en raison de son caractère radical, au sens étymologique du terme : dès sa présentation, des critiques se font entendre au sein du Conseil municipal, y compris parmi les socialistes qui se demandent si «nous avons le droit de rayer ainsi d’un trait de plume des pages d’histoire locale ». Avec une prudence toute radicale (au sens politique cette fois), Edouard Herriot rend hommage au travail réalisé mais annonce une application sage et mesurée des propositions. D’autre part, moins de dix ans après la présentation de ce rapport, d’autres commémorations s’annoncent : en 1915 la rue de la Belle Allemande, que Laurent Chat n’avait pas proscrite, devient la rue d’Ypres.  Avec l’Union sacrée s’esquisse ainsi le passage d’une symbolique à dominante politique à la symbolique à dominante unanimiste dont s’inspire encore aujourd’hui la dénomination de nos rues, mais ceci serait un autre sujet.



SOURCES
           
            Les rapports des trois commissions ont été édités et peuvent être consultés aux Archives municipales, ainsi que les appréciations, fort critiques, de l’historien Steyert sur le travail de la première commission.


ELEMENTS DE BIBLIOGRAPHIE

             - Louis Maynard, Rues de Lyon, première édition en 1922, réédité par Jean Honoré dans la collection  Classiques lyonnais  en 1980.

            - Maurice Vanario et Henri Hours, Les Rues de Lyon à travers les siècles, Editions lyonnaises d’Art et d’Histoire, 1990, réédité en 2010. Une somme en tous points remarquable.


[1] devenue rue Armand-Calliat en 1938 
[2]  avec son nom, cette rue a conservé un charme hors du temps 

Ouverture du blog

Bonjour et bonne année à tous.

C'est avec un plaisir non contenu que je vous annonce, à l'aube de cette nouvelle décennie, l'ouverture du blog du projet Digital Lugdunum, dont vous trouverez une présentation ici. D'autant qu'en guise d'inauguration, c'est Jacques Prevosto, qui fut mon maître d'histoire en hypokhâgne, qui signe un billet passionnant (cela va sans dire) sur les rues de Lyon, à retrouver ici.

Bonne lecture et bonne année encore,

Yann  Sambuis, administrateur du blog